DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> Indépendance et Paix pour Le peuple Sahraoui: Une armée en rase campagne

Indépendance et Paix pour Le peuple Sahraoui

samedi, septembre 23, 2006

Une armée en rase campagne



Le dernier chapitre des Officiers de sa majesté, livre de l’ancien commandant des forces armées royales marocaines Majhoub Tobji que auquel Bakchich s’est largement intéressé, dresse un état des lieux de l’armée marocaine d’aujourd’hui. Les forces armées royales ne sont pas fringuantes...
Un recrutement désastreux
« Si, à l’époque d’Oufkir — un officier qui, quoi qu’on puisse penser du reste de son activité, avait fait ses preuves sur divers champs de bataille — l’armée marocaine était encore une institution respectable, les choses ont malheureusement bien change au fil des dernières décennies. Pendant de longues années, le Maroc a continué à vivre sur le mythe d’une armée aguerrie capable de ne faire, par exemple, qu’une bouchée de son homologue algérienne. Si, effectivement, la « guerre des Sables » sur nos frontières orientales fut menée de main de maître, en 1963, par un commandement marocain de premier ordre, ce succès, qui ne fut d’ailleurs pas poussé à son terme, n’a plus aucun sens aujourd’hui, si ce n’est de réveiller douloureusement le souvenir d’une période révolue. Le recrutement et l’encadrement, depuis une vingtaine d’années, et plus encore depuis le cessez-le-feu de 1991, n’ont plus rien à voir avec ce qui prévalait dans les années qui suivirent ï’indépendance. Aujourd’hui, nos troupes n’ont plus aucune expérience de la guerre et nombre de jeunes soldats, oisifs et malheureux, s’adonnent aux drogues des pauvres : haschisch, mais aussi parfum ou Coca-Cola injecté ? directement dans le talon. Quand on songe au nombre incalculable de travaux — routes et pistes, barrages, etc. — que cette armée aurait pu ou pourrait réaliser à travers le pays au lieu de végéter dans le Sud, il y a de quoi s’insurger ! »
Prime aux ex-traîtres tortionnaires
« Sur le plan politique, les erreurs commises envers la population sahraouie ont été aussi nombreuses que lourdes- Si le pouvoir ou ses représentants au Sahara ont cru pouvoir acheter l’adhésion des Sahraouis en arrosant la région de millions de dirhams, ils se sont complètement trompés : le Sahraoui prend l’argent, mais n’éprouve que mépris pour le corrupteur. D’autres erreurs grossières ont été commises, comme le fait de nommer un R’guibi gouverneur chez les Oulad Dlim, sachant l’inimitié séculaire qui sévit entre les deux tribus. L’extraordinaire carrière politico-administrative d’Omar Hadrami, un R’guibi connu pour avoir exercé pendant des années ses talents de tortionnaire dans les camps de prisonniers marocains de Tindouf, laisse songeur. À peine eut-il rallié le Maroc à la fin des années quatre-vingt qu’il fut nommé gouverneur de Kalaa Sraghna, un fief des R’guibates, au sud du Maroc, puis à Sidi Kacern d’où venait Dlimi, avant d’être nommé, pour couronner le tout à Ed-Dakhla, chez les Oulad Dlim ! C’est comme si Jean-Marie Le Pen était nommé ambassadeur de France à Alger ! Auparavant, cet homme avait passé des années à insulter le Maroc dans les instances internationales. Prime aux ex-traîtres tortionnaires ! »
« Autre carrière fulgurante, celle de Brahim Hakim qui, après avoir lui aussi dénigré le royaume un peu partout, fut nommé ambassadeur itinérant à son retour au pays en 1994. A l’heure actuelle, il continue à se pavaner aux frais du Maroc dans tous les palaces de la planète. De la bouche même des Sahraouis restés fidèles à leur citoyenneté marocaine, le conflit n’a profité qu’à ceux qui, après avoir tourné le dos à la mère patrie, ont viré de bord au vu des réalités. Les Sahraouis ont raison d’être amers, et nombreux sont ceux qui pensent que si un référendum avait lieu demain au Sahara, il y aurait de fortes chances pour que le résultat soit en défaveur du Maroc, avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer. »
Hassan II à ses bidasses : « faites de l’argent »
(...)« Ce mal profond touche particulièrement l’armée depuis le début des années soixante-dix et après que Hassan II eut recommandé à la hiérarchie militaire de « faire de l’argent » et de « s’éloigner de la politique ». La morale se relâchant à tous les niveaux, on assiste à des malversations autrefois inimaginables, comme la vente dans le secteur civil de carburant et d’équipements militaires. A ce propos, je me dois de rendre hommage au capitaine Adib qui, à ma connaissance, a été le seul officier à dénoncer publiquement cet état de fait. Son courage et son honnêteté lui ont d’ailleurs non seulement coûté sa carrière, mais aussi valu quelques années de prison. Hélas, la situation qu’à dénoncée cet officier dans une garnison du sud du pays n’est qu’une infime partie de l’iceberg. Le phénomène a pris des dimensions insupportables dans tout le royaume. Non seulement les chefs se permettent tout et n’importe quoi, mais on retrouve cette situation à tous les échelons de la hiérarchie. Qu’on veuille devenir gendarme, policier ou même simple soldat, il faut maintenant payer pour être recruté. Dans les écoles et les centres de formation se sont créées de véritables officines. C’est par elles qu’on réussit, en versant de grosses sommes d’argent, à accéder à ces écoles ou à ces centres. La situation économique et sociale étant ce qu’elle est au Maroc, les sommes engagées sont souvent empruntées par la famille, ce qui fait que le jeune cadre ne pense a la fin de sa formation qu’à récupérer au plus vite l’argent « investi » dans son recrutement. Ainsi la corruption est créée par ceux-là mêmes qui devraient la combattre. La plupart de nos gendarmes sont devenus des voleurs de grand chemin en n’hésitent pas à dévaliser les blessés lors d’interventions sur les lieux d’accidents. En septembre 2004, au sud de Dakhia, trois jeunes Français se sont ainsi retrouvés sans portable et sans argent après l’intervention de la brigade de gendarmerie de cette circonscription ! »
(...)« Le cas du médecin commandant Driss Derdabi est resté célèbre dans les annales de l’armée royale. Alors que Derdabi demandait à un certain colonel-major Zemmouri, chancelier de son état, donc responsable de la gestion des dossiers des officiers (avancement, mutations, etc.), pourquoi il n’était pas inscrit au tableau d’avancement alors qu’il remplissait toutes les conditions, il eut la stupéfaction de s’entendre réclamer la somme de 50 000 dirhams (5 000 euros). Devant la mine de Derdabi, Zemmouri, accommodant, lui proposa de régler en plusieurs mensualités ! À la suite de cette mésaventure, Driss Derdabi envoya à la fin de 1993 un rapport aux différents responsables, notamment au colonel Belbachir, en charge de la Sécurité militaire, mais devant le mutisme de l’ensemble de la hiérarchie il quitta l’armée et exerce actuellement dans le privé. (...) Une des raisons de cette situation catastrophique tient à l’extraordinaire longévité des individus qui dirigent les différents services de l’État-major. Ils s’imaginent sans doute être propriétaires des fonctions qu’ils occupent. » (...)
Gabegie Générale cinq étoiles
« La longévité de certains responsables au sommet de l’État n’est pourtant pas conforme à la réglementation qui régit la fonction publique et qui, sur ce point, est très explicite. En France, un homme naît, étudie, fait carrière et quitte l’armée à soixante ans. Au Maroc, il en va théoriquement de même. Mais en réalité, des individus comme le général Benslimane totalisent cinquante ans d’activité sans la moindre interruption. À l’instar de ses prédécesseurs, Benslimane attend de partir les pieds devant ! À moins qu’il ne craigne qu’une fois revenu à la vie civile, et n’étant donc plus protégé par l’omerta qui règne sur l’armée, le peuple lui demande des comptes sur les crimes dont il a été responsable... La gabegie qui sévit dans l’utilisation des moyens de l’armée est digne de petits potentats médiévaux. Nos généraux n’éprouvent aucune gêne à utiliser un nombre incalculable de serviteurs dans leurs différentes résidences et fermes, et souvent, en prime, des matériels militaires, en particulier des camions. Sans parler des véritables parcs automobiles mis à leur disposition. Tout leur est acquis, alors que bon nombre de citoyens vivent avec F équivalent de moins d’un euro par jour ! Certains de mes amis ont calculé que l’on pourrait mettre sur pied plusieurs brigades rien qu’avec le personnel domestique au service de ces messieurs ! » « Un officier général cinq étoiles (le plus haut grade), en France ou dans tout autre pays démocratique, dispose d’un chauffeur qui le transporte entre son domicile et son lieu de travail. Il est hors de question qu’il l’utilise en dehors de ce trajet ou en fin de semaine. Au Maroc, un certain nombre d’officiers de haut rang disposent de véritables parkings autour de leurs résidences : il y a la voiture de madame, celles des enfants, et souvent celle du cuisinier, sans compter la grosse limousine du général... Si au moins ils avaient en sus la compétence ! En effet, il n’est pas inutile de rappeler que le port des étoiles de général de division, de corps d’armée ou d’armée ne correspond pas à un titre, mais à une fonction qui a une signification précise. Cela veut dire que sur le terrain et en opération ces généraux sont censés conduire des unités pour mener à bien des missions spécifiques. Or, certains des nôtres n’ont jamais commandé même un bataillon, alors que le Maroc a connu deux conflits majeurs. D’autres, et c’est encore pire, n’ont jamais quitté Rabat de tout : un demi-siècle et arborent effrontément des décorations qui, normalement, ne peuvent être acquises que sur le terrain des opérations, car elles sont suivies obligatoirement d’une citation à l’ordre : tel jour à tel endroit et à l’occasion de telle bataille, Untel a mené telle action... »(...)
« Lors des déplacements de Hassan II, deux hélicoptères accompagnaient le cortège. Actuellement, chaque fois que Mohammed VI se déplace, c’est une douzaine de ces engins qui sont mobilisés. Notons au passage que sur la centaine d’hélicoptères que possède le royaume, aucun n’est équipé pour porter assistance aux accidentés de la route ou secours aux gens de mer. En dehors des voyages du monarque, ce parc d’aéronefs sert essentiellement aux déplacements de Benslimane et de ses amis. Tous les parcours du souverain sont jalonnés de gendarmes et de supplétifs, quand bien même aucun motif de sécurité ne l’exige. Il faudrait d’ailleurs s’interroger sur les consignes données à ces hommes au cas où surviendrait un coup dur. De quelles armes et de quelles munitions disposent-ils ? Pour quel usage ? En réalité, tout est fait pour la galerie, et le fond compte fore peu. Des centaines, voire des milliers d’hommes sont mobilisés pour des missions de pure forme, alors qu’ils pourraient être infiniment plus utiles ailleurs. Il y a aujourd’hui d’autres guerres à mener, contre la misère et le sous-développement, et le comportement de la haute hiérarchie militaire ne sert ni la monarchie, ni le souverain, ni surtout le Maroc. »
Formation bâclée
« Une armée en décomposition, plus affairiste que jamais, dont les chefs s’enrichissent de manière outrancière et dont une partie de la troupe se drogue, n’est plus en mesure de remplir sa mission première, à savoir assurer la défense de la patrie. Cette armée, qui passait pour aguerrie, se trouve aujourd’hui, avec une masse de manœuvre dépourvue d’expérience, la troupe actuelle n’ayant jamais connu la guerre, et, surtout, sans formation digne d’une armée moderne : la formation commune de base (FCB) enseignée actuellement date en effet de la Seconde Guerre mondiale et n’a plus rien à voir avec les techniques de combat modernes... La gestion et la direction d’une armée ne sauraient être couronnées de succès quand les responsables sont occupés à faire fortune, ce qui est le cas de la majorité de ceux qui tiennent aujourd’hui les manettes de cette institution. Nos centres d’instruction et nos écoles de formation sont devenus des officines où tout se monnaie. Contrairement à d’autre pays, ce n’est pas la fonction qui, au Maroc, fait l’homme, mais l’inverse. À titre d’exemple, prenons le cas de l’inspection générale de l’armée qui, pendant des années, n’a représenté qu’une simple boîte aux lettres. Eh bien, depuis que le général Aziz Bennani en est devenu le chef, elle a pris une dimension coûte nouvelle, en dépit du fait que sa mission reste définie par les règlements. Pourquoi donc ? Parce qu’Aziz Bennani dispose d’un réseau clientéliste et que nombre d’officiers supérieurs qui se trouvent aujourd’hui à la direction des différents bureaux de l’état major ne le seraient pas sans son accord ni sans celui du général Housni Benslimane. »
« Dans les faits, cette structure en différents bureaux de l’état-major général est complètement obsolète et ne répond ni à des critères de sécurité, ni à une recherche d’efficacité opérationnelle. En revanche, elle permet au clan des généraux Bcnslimane et Bennani, qui a définitivement pris le relais de l’« armée berbère » du début des années soixante-dix, d’exercer sa mainmise et, d’une certaine façon, de rendre la réalité du coup d’Etat permanent plus actuelle que jamais. À mon sens, Mohammed VI devrait en revenir à une structuration moderne de l’armée, avec une mobilité à tous les niveaux de la hiérarchie, seule garante de la pérénnité de cette institution et qui éviterait clanisme et clientélisme. Hier, on parlait du « clan berbère » ; aujourd’hui c’est le « clan des généraux » Housni Benslimane et Abdelaziz Bennani qui règne en maître. »

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